DJINGA-Trak réunit le skateboard et la culture hip-hop dans un clip visionnaire
Photo : Szymon Shields (Pexels License) via Pexels
Le DJ et producteur A-Trak fusionne deux univers urbains avec un clip où le turntablism rencontre la roulette à quatre roues.
Quand le scratch rencontre le béton
A-Trak vient de dévoiler le clip de « Ride for Me », un morceau qui brouille les frontières entre DJing et skate culture. Réunissant Young Thug, 24hrs et les Falcons (une crew de skateurs), le visuel capture l'essence du hip-hop urbain contemporain : des tricks sur planches, des décors de rue, et évidemment, des turntables au cœur du chaos.
Ce n'est pas un pari fou. A-Trak, fondateur de Fool's Gold Records et légende incontestée du turntablism, a toujours navigué entre plusieurs mondes. Ses origines ? Un enfant-prodige du scratch venu du Canada, passé maître en mixing et en production. Depuis les années 2000, il incarne une forme de DJing sans compromis, celle où la technique prime et où la créativité prime sur le commercial.
Le clip « Ride for Me » prolonge cette logique : la planche à roulettes devient un prolongement du groove, tout comme les tourne-disques et les effets de scratch structurent le rythme. C'est du turntablism appliqué à un contexte visuel pure street, loin des clubs étouffants, des festivals mainstream et des murs de haut-parleurs clinquants.
Le turntablism comme langage universel
Ce qui marque, c'est la cohérence esthétique. A-Trak ne fait pas juste mettre un beat classique derrière des images cool de skateurs—il pense le DJing comme une discipline physique, sensorielle, presque chorégraphiée. Chaque scratch, chaque boucle, chaque transition de sample devient aussi visible que les figures du skate.
C'est une leçon que le turntablism américain n'a jamais oubliée. Des crews comme The X-Ecutioners (anciennement X-Men) aux côtés de DJ Premier, en passant par des figures comme DJ QBert et sa crew Invisibul Skratch Piklz, le scratch a toujours été un art martial urbain, pensé pour être vu, entendu et senti simultanément.
A-Trak s'inscrit dans cette lignée. Son approche du turntablism joue sur plusieurs niveaux : technique brute (les scratches complexes, les juggling de samples), production musicale (composition de breaks, création de grooves personnels), et présence charismatique. Le clip renforce tout cela en traduisant le turntablism en images concrètes.
Une tendance hip-hop qui s'ouvre
Le projet « Ride for Me » reflète aussi une tendance plus large : l'émergence d'une hip-hop US ultra-connectée, où les disciplines croisent les frontières. Le beatmaking envahit le cinéma (Flying Lotus en musique de film), la danse street influence les clips mainstream, et le turntablism s'invite partout, des publicités aux documentaires.
A-Trak, avec Fool's Gold, a toujours été curateur de cette sensibilité. Son label a découvert des producteurs, des artistes, des talents visuels qui pensent cross-genre. « Ride for Me » n'est donc pas une surprise—c'est une extension logique de sa vision : un DJ n'est pas seulement celui qui met des disques l'un après l'autre. C'est un créateur, un compositeur, et dans ce cas précis, un cinéaste du groove urbain.
Le clip marque aussi une reconnaissance : le skateboard, longtemps parent pauvre de la culture hip-hop (contrairement au graffiti et à la danse), gagne enfin ses lettres de noblesse auprès des figures majeures. Et qui mieux qu'un DJ comme A-Trak pour orchestrer cette fusion ? Lui qui a grandi en écoutant du hip-hop old-school tout en gravant des samples sur vinyle, comprend que la rue n'a pas besoin de permission pour exister.
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